Culpabilité, poids et relation au corps : comment comprendre le piège et en sortir ?
- 18 févr.
- 5 min de lecture

On parle souvent de perte de poids en termes d’alimentation, de sport, de discipline ou de motivation. Mais on parle beaucoup moins d’un facteur pourtant central et profondément destructeur : la culpabilité envers soi-même.
La culpabilité n’est pas une simple émotion désagréable. Lorsqu’elle s’installe, elle devient un poids intérieur. Un poids qui ne se voit pas toujours sur la balance, mais qui se ressent dans le corps, dans la tête, dans l’élan vital. Un poids qui enferme, qui freine, qui épuise.
Dans un premier temps, j’ai souhaité expliquer ce mécanisme dans une vidéo dédiée à la culpabilité et à son impact sur le corps et le poids :👉 https://youtu.be/_FvkeF2bt-4
Dans cet article, je vous propose d’aller plus loin :
comprendre comment la culpabilité agit comme un piège,
voir comment elle se nourrit elle-même, notamment dans les troubles du comportement alimentaire,
et surtout explorer comment en sortir, avec une posture différente et un outil concret de réconciliation avec ton corps.
La culpabilité :
Quand on ne juge plus ce qu’on fait, mais ce qu’on est !
Au départ, la culpabilité naît souvent d’un comportement :
“J’ai mangé plus que prévu.”
“Je n’ai pas tenu mon programme.”
“Je n’ai pas fait ce que j’avais dit que je ferais.”
Jusque-là, on pourrait simplement dire : ok, ça n’a pas marché cette fois-ci, j’ajuste et je continue.
Mais très vite, la culpabilité glisse.
On ne juge plus seulement l’action. On commence à se juger soi-même.
“Je suis nul.” “Je n’y arrive jamais.” “Je n’ai aucune volonté.” “Je suis incapable.”
Et là, quelque chose de beaucoup plus profond se joue :
Ce n’est plus le comportement qui est remis en question, c’est la personne.
La culpabilité devient alors une attaque contre l’estime de soi. Et quand l’estime de soi baisse, la confiance suit. On n’ose plus vraiment essayer. On anticipe l’échec. On se décourage avant même d’avoir commencé.
Commence alors le fameux : "Foutu pour Foutu" !
Le cercle infernal :
Quand la culpabilité multiplie l’émotion
Chez les personnes qui souffrent de pulsions alimentaires, ce mécanisme est encore plus pernicieux.
On observe souvent un cycle qui ressemble à ceci :
Une émotion apparaît : stress, tristesse, colère, fatigue, solitude…
Cette émotion déclenche une pulsion alimentaire (manger pour apaiser, pour calmer, pour remplir, pour anesthésier, pour trouver du réconfort).
Après la pulsion, arrive la culpabilité : “Je n’aurais pas dû”, “Je me déteste d’avoir fait ça”, “Je n’ai aucun contrôle”.
Cette culpabilité ne fait pas disparaître l’émotion initiale. Au contraire, elle l’amplifie et la retourne contre soi.
L’émotion devient plus intense (honte, colère contre soi, désespoir, découragement)…
Et cette nouvelle intensité émotionnelle relance une pulsion.
On entre alors dans un cercle auto-entretenu :
Émotion → Pulsion → Culpabilité → Émotion amplifiée contre soi → Nouvelle pulsion
La culpabilité agit ici comme un multiplicateur d’émotion. Elle ne répare rien. Elle alourdit tout.
Les émotions jouent un rôle central dans ce cycle. Si vous voulez approfondir la façon dont elles agissent sur nos comportements et notre corps, vous pouvez lire cet article :
Pourquoi se faire violence ne fonctionne pas
Beaucoup de personnes pensent, souvent inconsciemment, qu’il leur faut une claque pour changer. Qu’en se parlant plus durement, en se mettant plus de pression, en se jugeant plus sévèrement, elles finiront par “se secouer” et par y arriver.
Elles attendent le déclic. Elles attendent le moment où la souffrance sera suffisamment forte pour provoquer le changement.
Mais soyons honnêtes :
Depuis combien de temps vous parlez-vous durement ?
Depuis combien de temps essayez-vous cette méthode ?
Et est-ce que ça a vraiment créé un changement durable ?
La réalité clinique est simple : on ne change pas durablement en se faisant la guerre.
La bienveillance, la tolérance et la douceur envers soi ne sont pas de la complaisance. Elles sont beaucoup plus efficaces pour créer un mouvement réel et stable.
J’ai d’ailleurs développé cette idée dans un article dédié sur le mythe du déclic et le passage à l’action : Avoir le déclic.
Revoir ses exigences :
Avancer par petits pas plutôt que rester immobile
Une autre clé essentielle pour sortir du piège de la culpabilité, c’est de revoir ses exigences.
On croit souvent qu’il faut :
faire parfaitement,
changer radicalement,
tenir sans jamais flancher.
Et quand ce n’est pas le cas, on conclut : “À quoi bon ? ”On abandonne. Ou on repart dans un cycle de contrôle excessif et de découragement.
En réalité, il vaut presque toujours mieux : faire des petits pas que ne rien faire du tout.
Un petit pas, c’est déjà du mouvement. Et le mouvement, c’est déjà du changement.
Dans l’approche solutionniste (inspirée notamment de Steve de Shazer), on s’appuie sur trois principes très simples et très puissants :
Si ça fonctionne, n’y touche pas.
Quand ça marche, fais-en davantage.
Si ça ne fonctionne pas, arrête… et essaie autre chose.
C’est pragmatique. C’est respectueux. Et c’est infiniment plus aidant que de se battre contre soi-même.
Se trouver des circonstances atténuantes :
Changer de regard sur son passé
Un point fondamental dans le travail sur la culpabilité, c’est d’apprendre à se trouver des circonstances atténuantes.
La personne que vous êtes aujourd’hui juge presque toujours trop durement celle que vous étiez hier.
Or, la personne d’hier :
faisait souvent du mieux qu’elle pouvait,
avec les moyens qu’elle avait,
avec son niveau de fatigue, de ressources, de conscience, de soutien du moment.
Ce n’était peut-être pas idéal. Ce n’était peut-être pas ce que vous auriez voulu.
Mais c’était ce qui était possible à cet instant précis.
C’est là qu’entre en jeu quelque chose de profondément réparateur :
le pardon envers soi.
Pas pour tout excuser. Pas pour nier ce qui a été difficile. Mais pour arrêter de se punir indéfiniment.
Un outil puissant :
La lettre à son corps
Pour amorcer ce mouvement de réconciliation, je propose souvent un exercice simple, mais très puissant : écrire une lettre à son corps.
Une vraie lettre.
Dans cette lettre, vous pouvez par exemple :
dire à votre corps ce que vous avez compris,
reconnaître ce que vous lui avez fait subir,
lui demander pardon,
lui dire ce que vous aimeriez changer dans votre façon de le traiter,
poser une intention différente pour la suite.
Il ne s’agit pas d’écrire une lettre parfaite. Il s’agit d’écrire une lettre sincère.
Et si vous voulez rendre cet acte encore plus symbolique et engageant, vous pouvez :
la dater,
la signer,
et vous l’envoyer par la poste.
Oui, vraiment. Comme un rituel de passage. Comme une façon de dire : “Je marque un tournant dans ma relation à mon corps.”
Ce n’est pas magique. Mais c’est souvent un véritable geste de réconciliation intérieure.
Aller plus loin en vidéo
J’ai développé ces deux axes en vidéo :
1️⃣ Comprendre le piège de la culpabilité et son impact sur le corps et le poids https://youtu.be/_FvkeF2bt-4
2️⃣ Comment sortir du piège de la culpabilité et commencer à se réconcilier avec son corps https://youtu.be/L7aAF2UliBY
Ces deux vidéos se complètent : la première aide à prendre conscience, la seconde ouvre des pistes concrètes pour changer de posture et avancer autrement.
En conclusion
On ne transforme pas son corps en se faisant violence. On commence à le transformer quand on arrête de se battre contre soi.
Sortir du piège de la culpabilité, ce n’est pas devenir parfait. C’est apprendre à se parler autrement. À avancer par petits pas. À se traiter avec plus de justesse, plus de respect… et plus d’humanité.




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